Vous pensez qu’il n’est pas possible de prédire la rumination et la dépression ? Que nenni ! Découvrez comment des chercheurs ont mis au point une technologie révolutionnaire permettant de prédire les tendances à la rumination et le niveau de dépression chez les individus. Voici les détails de cette étude novatrice et comprenez ainsi l’importance de la connectivité cérébrale dans la santé mentale.

Dans une étude* publiée vendredi 30 juin 2023 dirigée par le professeur Woo Choong-wan, directeur associé au Centre de recherche en imagerie neuroscientifique de l’IBS, et le professeur Tor D. Wager du département de psychologie et de neurosciences de l’université de Dartmouth les chercheurs ont réalisé une découverte importante dans le domaine de la santé mentale. Ils ont développé une technologie innovante capable de prédire les tendances à la rumination et le niveau de dépression chez les individus.

La rumination, qui se caractérise par le fait de s’attarder sur des pensées et des émotions négatives. Et le fait de ressasser constamment des émotions négatives peut causer des problèmes de santé mentale tels que la dépression et l’anxiété. C’est pourquoi la rumination est considérée comme un facteur de risque majeur pour la dépression.

Pourquoi rumine-t-on des pensés négatives ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles une personne peut se retrouver à ruminer des pensées négatives. Voici quelques explications courantes :

Réponse émotionnelle : lorsque nous faisons face à des événements stressants, traumatisants ou négatifs, notre cerveau peut être programmé pour se concentrer davantage sur ces expériences et les analyser en profondeur. Cela peut conduire à une rumination excessive des pensées négatives associées à ces événements.

Habitudes de pensée : certaines personnes ont des habitudes de pensée négatives enracinées qui les amènent à se focaliser sur les aspects négatifs de la vie. Cela peut être influencé par des facteurs tels que l’éducation, l’environnement social ou des expériences passées.

Biais de négativité : notre cerveau a tendance à accorder plus d’importance aux expériences négatives qu’aux positives. Cela est due à une adaptation évolutive qui nous aide à détecter et à réagir aux menaces potentielles. Cependant, cela conduit souvent à une rumination.

Croyances limitantes : les croyances négatives sur soi-même, les autres ou le monde en général alimentent la rumination des pensées négatives. Les pensées

Anxiété et/ou dépression : la rumination est souvent associée à des troubles de santé mentale tels que la dépression, l’anxiété, les troubles panique, les troubles de l’humeur, les stress post traumatiques ou les troubles obsessionnels-compulsifs. Ces troubles altèrent le fonctionnement normal du cerveau et contribuent à la rumination.

Il est important de noter que la rumination a des conséquences néfastes sur la santé mentale, entraînant une détérioration de l’humeur, de l’estime de soi et de la qualité de vie. Si vous éprouvez des difficultés à gérer la rumination, il est recommandé de suivre une thérapie comportementale ou autre (c’est vous qui saurez ce qu’il vous convient) pour pacifier le mental et de consulter un psychologue, un psychothérapeute ou un psychiatre pour obtenir un soutien et des conseils adaptés.

La connectivité cérébrale et la rumination : une découverte significative

Les chercheurs ont concentré leurs efforts sur le réseau du mode par défaut du cerveau, une zone qui s’active lorsque nous sommes au repos et qui est impliquée dans des processus tels que l’autoréflexion, la mémoire autobiographique, le traitement des émotions et la créativité. Des études antérieures avaient déjà révélé que des altérations de ce réseau chez des personnes atteintes de dépression étaient associées à la rumination, mais les régions précises impliquées dans ces processus restaient inconnues.

Dans cette étude novatrice, les chercheurs ont identifié une connectivité particulière entre le cortex préfrontal dorsomédian et le cortex préfrontal dorsolatéral dans le réseau du mode par défaut. Le cortex préfrontal dorsomédian est connu pour sa relation avec la rumination, tandis que le cortex préfrontal dorsolatéral est associé aux pensées liées à l’état actuel d’une personne. Les personnes souffrant de dépression présentaient une connectivité différente dans cette région par rapport aux individus en bonne santé.

Les cartes de connectivité cérébrale et leur utilité

Une carte de connectivité cérébrale est une représentation graphique des connexions fonctionnelles entre différentes régions du cerveau. Elle permet de visualiser les interactions et les échanges d’information entre ces régions. Ces cartes sont créées à partir de données collectées à l’aide de techniques d’imagerie cérébrale, telles que l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), qui mesurent l’activité cérébrale dans différentes régions.

Les cartes de connectivité cérébrale jouent un rôle crucial dans la compréhension des processus cognitifs, émotionnels et perceptuels. Elles permettent également d’identifier des modèles de connectivité spécifiques associés à des troubles neurologiques ou psychiatriques tels que la dépression, la schizophrénie ou la maladie d’Alzheimer.

Prédire la rumination et la dépression

Dans cette étude, la carte de connectivité cérébrale développée par les chercheurs a été utilisée pour prédire les tendances à la rumination chez des participants issus de différentes cultures et parlant différentes langues, lors d’expériences menées à l’échelle nationale et internationale. De plus, cette carte a été appliquée à des patients atteints de dépression, permettant de prédire avec précision le niveau de dépression chez les personnes souffrant de troubles dépressifs majeurs.

« Cette étude a montré que la connectivité entre le cortex préfrontal dorsolatéral et d’autres régions du cerveau peut être analysée pour prédire combien un individu rumine« , a déclaré le professeur Woo. « Nous avons également découvert que la connectivité entre ces régions du cerveau est liée au niveau de dépression, ce qui nous aide à comprendre les mécanismes de la dépression et fournit des applications cliniques telles que le diagnostic et le traitement des symptômes. »

La découverte de cette technologie pour prédire la rumination et la dépression grâce à la connectivité cérébrale ouvre de nouvelles perspectives dans le domaine de la santé mentale. Les résultats de cette étude permettent une meilleure compréhension de la dépression et offrent des opportunités de développement de nouvelles approches thérapeutiques. La carte de connectivité cérébrale développée par les chercheurs constitue un outil précieux pour identifier les schémas de connectivité associés aux troubles mentaux et pourrait contribuer à améliorer le diagnostic et le traitement de ces affections.

Comment arrêter de ruminer ?

La rumination peut être difficile à surmonter, mais il existe des stratégies et des techniques qui peuvent vous aider à arrêter de ruminer. Voici quelques conseils :

Prenez conscience de votre rumination : Soyez attentif à vos pensées et à votre tendance à ruminer. Remarquez quand vous vous engagez dans des schémas de pensée négatifs et conscients de l’impact qu’ils ont sur votre bien-être.

Pratiquez la pleine conscience : la pleine conscience consiste à porter une attention non jugeante et consciente à l’instant présent. En vous concentrant sur le moment présent, vous pouvez vous détacher des pensées ruminantes et vous recentrer sur l’ici et maintenant.

Voyez les choses différemment : essayez de voir les choses sous différents angles et de considérer des perspectives alternatives. Cela vous aidera à remettre en question les pensées négatives et à prendre du recul par rapport à celles-ci.

Établissez des limites de temps pour ruminer : accordez-vous un temps défini, par exemple 10 minutes par jour, pour vous autoriser à ruminer. Après ce laps de temps, engagez-vous activement dans des activités positives et constructives qui vous divertiront de la rumination.

Pratiquez l’arrêt de la pensée : lorsque vous remarquez que vous vous engagez dans la rumination, dites « STOP » mentalement et remplacez immédiatement ces pensées par des pensées positives ou neutres. Répétez ce processus chaque fois que la rumination survient.

Distrayez-vous : occupez-vous l’esprit en vous adonnant à des activités qui vous plaisent et qui vous détournent de la rumination. Cela peut être du sport, des loisirs créatifs, la lecture, la musique ou toute autre activité qui vous apporte de la joie et de la satisfaction.

Fixez-vous des objectifs réalistes : fixez-vous des objectifs concrets et réalisables dans différents aspects de votre vie. Cela vous aidera à vous concentrer sur des actions positives et à vous éloigner des pensées ruminantes.

Parlez-en à quelqu’un : partagez vos pensées et vos préoccupations avec un ami proche, un membre de votre famille ou un psy. Parfois, simplement exprimer vos pensées à voix haute peut vous aider à prendre du recul et à trouver des solutions.

Pratiquez l’autocompassion : soyez bienveillant envers vous-même et ne vous critiquez pas pour avoir ruminé. Apprenez à vous pardonner et à vous traiter avec gentillesse et compréhension.

Rappelez-vous que briser le cycle de la rumination peut prendre du temps et de la pratique. Soyez patient avec vous-même et persévérez dans l’adoption de nouvelles stratégies.

 

*Les résultats de cette étude ont été publiés le 15 juin dans la revue internationale Nature Communications.

 

 

Sophie Madoun

 

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